Je ne sais pas s'il est vraiment temps de faire le point. Le jazz porte mes doigts au clavier, sa musique puisque c'est elle qui me l'a fait découvrir, sans le savoir vraiment. Je deviens curieuse de tout, du moindre détail. Je plais à des gens, je reçois des sourires, je m'amuse de toutes ces petites attentions.
Hier, j'ai pleuré dans mon lit, des larmes qui sortaient sans que je m'en rende vraiment compte. J'ai juste senti l'oreiller humide sous ma tête. Je pensais à l'année prochaine, à New York et bizarrement, j'avais cette sensation précise, celle que j'avais ressenti le 15 aout, dans un hôtel miteux, le Terminus.

J'étais à l'autre bout de la France, j'avais voyagé seule toute la journée. J'étais épuisée, j'avais attrapé froid dans la gare et je n'avais qu'une petite bouteille de Coca pour tenir jusqu'au lendemain matin. Les pieds nus sur la moquette, j'avais éclaté en sanglots, au son de sa voix au bout du téléphone. Seule. Et dire que j'allais devenir ça.


Maintenant, c'est la nostalgie qui m'attrape. Les plus belles années de ma vie, tu parles...
Qu'est-ce qui cloche ? Je le sais bien, au fond, c'qui cloche. J'ai juste trop de fierté pour me l'avouer. Pour en parler. Ça me reste comme un sale goût au fond de la bouche, un arrière plan qui stagne, morne. Et puis c'est tout, comme dirait l'autre.

Ma vie n'est pas une montagne de douleur, non. Elle n'est pas non plus "la vie rêvée des anges". Je crois qu'elle est une somme de bonheurs fades, ou intenses, mais si courts et si éparpillés qu'ils ne forment pas même une journée. C'est un produit de supermarché. Bon mais pas excellent. Un légume surgelé : "a de la saveur, ressemble étrangement au vrai mais n'est pas le vrai." Au fond est-ce qu'on souhaite vraiment le manger, ce putain de légume ? Est-ce qu'on le laisse pas plutôt pourrir, tant qu'on l'a dans les mains ?

Il faudrait le cuisiner, s'épuiser à la tâche, le fendre, l'épicer, le ramollir. En faire quelque chose de bon quoi. Mais non, je n'ai ni la main verte, ni les talents d'artiste nécessaires à arrondir les angles. On dit bien mordre la vie à pleines dents, non ? Ben c'est dégueulasse une pomme de terre crue. Essayez pour voir.

Ça tache juste ce qu'il faut pour laisser des traces, sur les vêtements. Mais ça s'efface vite, ça part facilement.
Comme moi.



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